samedi 28 janvier 2012

De bons voisins - Ryan David Jahn

En 1950, Kurosawa est un cinéaste détesté au Japon. Il est ruiné. Il écrit alors un film destiné à parcourir les festivals européens : Rashomon. Particularité du scénario : l'histoire est racontée par chaque protagoniste. Elle prend alors une tournure inédite à chaque récit. Faisant date dans l'histoire du cinéma et de la narration, Rashomon obtiendra le Lion d'Or à Venise, inspirera Bergman et sauvera Kurosawa en livrant à l'occident une autre vision du cinéma japonais. Depuis, ce procédé narratif est appelé "Roshomon effect". Il a inspiré de nombreuses oeuvres.

2012. La rentrée littéraire de Janvier a les doigts gourds. On y croise autant de polars que de romans et ce sont surtout les étrangers qui font l'actualité (sauf chez les adhérents du club du fume cigarette, ou Philippe Sollers alimente les conversations.) Actes Sud, assez peu disert dans sa maison principale balance sévère dans l'annexe Actes Noirs (comment ne pas citer à nouveau "je reste le roi d'Espagne"...).

Ici donc un premier roman, unanimement distingué, et vous l'aurez deviné, écrit avec un procédé Rashomon.
Années 60, Etats Unis, quartier du Queens, New York. Une jeune femme est sauvagement agressée au couteau dans la cour de son immeuble.
Tout autour des fenêtres allumées. Des voisins, debout, réveillés et personne ne fait rien, se disant que s'il se passait quelque chose, comme toutes les fenêtres sont allumées, quelqu'un aurait appelé la police.
En fait non.

Mais chacun a une bonne raison, une préoccupation qui l'éloigne de l'environnement chaotique de la cour de l'immeuble. Le roman dure deux heures, et la scène est racontée par le point de vue de chaque voisin. C'est assez vertigineux et assez roublard. Ce suspense poignant de savoir si la femme va survivre à l'agresseur, pourquoi l'agresse t il, qui est il, est contrebalancé par les petits bouleversements de leur vie de chaque habitant de l'immeuble. Un jeune homme doit abandonner sa mère malade pour partir au Viet Nam, une femme pense avoir renversé une poussette avec un bébé dedans, un jeune homo sexuel hésite à assumer sa réalité, un couple essaie gauchement l'échangisme, une femme demande des comptes à son mari infidèle...Plus les histoires annexes et géographiquement distendues qui vont se greffer sur les actions des personnages. Le procédé Rashomon permet à Ryan Jahn de donner une vision panoramique de l'Amérique qui semble moins idyllique qu'elle apparaissait à l'époque : ripoux, racistes, faux libérés, carcans sociaux, théâtres d'opérations militaires lointains, la girouette permanente des "bons voisins" est oeil de poisson : on tourne sans cesse, en photographiant, chapitre par chapitre ce que les paumés du soir nous disent de leur vie. Finalement, l'intrigue de départ, l'agression, n'est plus qu'une annexe au récit ce que Truffaut appelait "un problème en plus". Et ce détournement volontaire fait du roman de Jahn un récit à part entière, dont l'étiquette "meurtre avec frayeur" devient une argutie. Reste "de bons voisins", le roman d'une fraction de vie, partagée et mal fichue dont chacun sort modifié et meurtri. Une très belle réussite.


Ou trouver du Rashomon, même à une heure tardive ?


  • Au cinéma : pour ceux qui ont un problème avec la symbolique du cinéma japonais, on trouve du Rashomon dans plein de films et même des biens ! Ainsi, dans le meilleur Tarentino "Jackie Brown" ou la scène absolument vertigineuse du voyage de la rançon suivant tous les points de vue. Snake Eyes de Brian de Palma est un bon film avec un gros défaut : Nicholas Cage. mais l'histoire du meurtre pendant le combat de boxe est racontée en travelling et par chaque personnage. Vertigineux aussi. Côté chinois, Hero de Zyang Yimou, est au poil pour faire du Rashomon sabré et carrément graphique. Un bon nanar avec une sacrée tranche de Rashomon "a l'épreuve du feu" ou Meg Ryan qui commande une unité dans le Golfe est accusée d'être une lopette. La multiplication des points de vue nous dit que ah non finalement elle mérite sa médaille.

  • A la télévision : "How I met your mother" est trop cool. Une super série super drôle ou les points de vues des couples sur les futurs amoureux sont écrits au millimètre. Y ajouter un épisode de Dr House, un de Urgences, et l'inénarrable épisode des Simpson "30 minutes sur Tokyo".

  • Dans un livre : Là aucun doute possible : "le cercle de la croix" de Iain Pears, en plus d'être un des meilleurs bouquins de tous les temps pour tout le monde et à tout heure, est un manifeste du Rashomon; Iain Pears arrive même à le surpasser en renchérissant sur chaque point de vue jusqu'au dernier, mystique et inattendu. MagistraL...Pour les plus courageux, le terrifiant "tandis que j'agonise" de Faulkner vaut son pesant de mise en abîme. Faulker aime ça d'ailleurs. Trois familles racontent la même histoire dans Absalom Absalom et c'est un bonheur de littérature contemporaine. Dans le genre littérature contrainte avec sauce Rashomon "exercices de style" de Queneau nous raconte 99 fois la même histoire. Le pitch n'a aucun intérêt (dans ma mémoire c'est l'histoire d'un type avec un chapeau dans un autobus...) mais quelle valse folle de l'écrit ! Quel bonheur de dissertation...Pour corser son Rashomon, Stephen King dans Carrie, en plus des différents narrateurs, a rajouté la version de la presse. Super balèse. Enfin notons un petit ouvrage indépendant peu connu ou quatre disciples racontent à peu près les mêmes évènements. Le nouveau testament serait il le premier Rashomon ?
  • J'attends vos contributions sur d'autres Rashomon, ouvert la nuit et le dimanche...

mercredi 25 janvier 2012

Richard Yates - Tao Lin

Allons y pour le phénomène branché de la rentrée de Janvier.
Première constatation déroutante, Richard Yates n'a aucun rapport avec "Richard Yates". C'est déjà bien dommage. Deuxième inconvénient, ce jeune blogger Tao Lin, chroniqueur de son temps nous dit notre correspondant new yorkais est le nouveau Brett Easton Ellis. Oula.
Oulala.

"Richard Yates" est construit autour de deux personnages à qui l'auteur a donné des noms de stars de série américaine, Dalota Fanning et Haley Joel osment. Ils n'en ont que le nom, parce qu'ils partagent la solitude des grands ensembles et le vide intersidéral des mails d'ado. Ainsi tout au long du roman, leur histoire séparée puis commune apparaîtra, même au cours des dialogues, comme un échange de mail mal rédigé sur un coin d'oreiller. Plutôt une bonne idée de départ.
Ou ca coince ? A l'arrivée. La sensation d'avoir lu un compte rendu du réseau Echelon sur les échanges les plus insignifiants de la planète. Certaines bétises sont assez énormes pour trouver, qu'à la différence de Brett easton Ellis, Tao Lin a de l'humour. Si le procédé me parait un bel argument de noveliste, donc une expression contemporaine de l'art, assez active et numérique, le résultat littéraire sent la surcharge.

Chaque phrase dite par l'un ou par l'autre est précédée ou suivi de son nom. Chaque ellipse mesure une phrase, courte, et les péripéties périphériques des deux ados sont des précipices à répétition.

je veux donc bien la démarche, l'action et le principe. Mais ce dépouillement est un faste ! un lourde actvité pour le lecteur de supporter l'échange ce qui fait que le résultat à l'arrivée est exactement celui escompté : une énorme sensation de vide. je ne trouve pas que la réussite soit salutaire dans ce cas, j'aurais pu occuper mon temps à trouver du plaisir et du "signifiant symbolique" dans bien des autres sources...

Quelques exemples :
Page 9 : Qu'est ce qu'il faut que je fasse ? a dit Haey Joel Osment
- Tu devais me violer pour te venger
- J'ai fait manger de l'aubergine à Alladin aujourd'hui
- Pourquoi tu veux pas que je vienne . a dit Haley Joel osment
- Si, je veux, a dit Dakota Fanning

page 72 : - J'ai genre quatre cents livres a dit Haley Joel osment. Et une collection de pièces de monnaie. J'ai une collection de pièces de monnaie.
- Une collection de pièces de monnaie, a dit Dakota Fanning. Moi je vends mon frère. Je vends mon frère à ton frère.
- Je vais envoyer un mail à mon frère, a dit Haley Joel Osment.
- J'ai interviewé mon père une fois, a dit Dakota Fanning.
etc...

Si vous suivez l'avis des Inrocks (qui y voient le meilleur roman de la rentrée, la traduction littéraire de l'amour par mail...), bon courage.

dimanche 22 janvier 2012

Vie animale - Justin Torres



Lui, le père, porto ricain, violent, aimant, ambigu, rustre et imaginatif à la fois. Elle la mère, protectrice et nostalgique, calme et bruissante de vie. Eux les trois frères, loups des villes et des banlieues, forts et faibles, pugilistes, dormeurs, noctambules et soudés.

Premier roman. Pas de round d'observation. Dès le premier chapitre, Justin Torres envoie sa prose à la face. Un sacré coup. Le premier chapitre vaut bien des livres à lui seul. La façon dont il tourne autour de ses cinq personnages en s'y incluant intrusivement (il utilise le "on" au début du roman") laisse entrevoir la part d'auto biogaphie de la démarche. Puis les histoires s'en suivent, celle du groupe, de la meute dans la vie râpeuse, dans l'apprentissage, la croissance la peur et la fierté.

"Vie animale" est découpée en chronique des petits moments d'effroi ou de pâmoison que vivent les membres de la tribu. Les scenettes n'ont en commun que la complexité de chaque personnage qui s'y révèle, au fur et à mesure, dans la langue brutale et elliptique de Torres.

Jusqu'à ce que l'autonomie se fasse valoir, que des louveteaux chassent en solitaire et prennent leurs aises avec les figures tutélaire. Le roman change alors de temps, d'un point de vue grammatical parce que d'urgence toujours ils 'agit. Celle de la vie, quasi génétiquement indispensable et de s'extraire, d'exploser ses énergies et d'affronter, pour ce qu'elle vaut, l'histoire en dehors.

Justin Torres est magnifique. Il a le temps, la vitesse la violence nécessaire à cette histoire. Il fait de son récit, court, allusif, intempestif, une fresque en accéléré, violente, certes, mais d'une humanité sans limite. La fin, crépusculaire et autonome clôture le roman et lui donne un élan qu'on ne peut pas soupçonner devant la faible épaisseur du volume.

J'y oppose, (sans que ce soit nécessairee mais pour faire contrepoids au mainstream), ce pan de la littérature au dernier livre de Johnatan Franzen dont tout le monde a courbé la tête devant les centaines de pages dont il a besoin pour poser son propos familial.  Dans l'urgence de son exposé, Torres trouve le raccourci idéal pour nous empoigner, serrant fort. Il nous repose au sol un peu groggy. Et tellement enrichis.

Aux Etats Unis, le premier roman de Justin Torres est considéré comme un des évènements de la rentrée littéraire.

PS : deux coups de coeur de suite ?!  Pas d'inquiétude, dans un prochain post je dirais beaucoup de mal d'un livre en cours d'encensement branchouillard.

jeudi 19 janvier 2012

je reste le roi d'ESpagne - Carlos Salem




Otons nous de suite une problématique du pied : depuis le succès de leurs scandinaves Actes Sud classe immédiatement en collection Actes noir le bouquin ou la moindre péripétie pourrait révéler une sorte de commencement d'enquête.
Sortons des ornières : "je reste le roi d'Espagne" est bien plus qu'un polar : il est le dernier roman de Cervantes, le récit picaresque de nos civilisations à cheval (entre modernité et abandon).

Carlos Salem prend pour personnage principal Juan Carlos, (numéro un en code) qui décide, un beau jour, de quitter son palais pour, dit il, "aller chercher le petit garçon". On envoie à sa recherche, un peu fortuitement, un détective tout fini au dedans et qui, pour résoudre une énigme, à besoin de s'isoler dans les cabines d'un sex shop. La classe et l'élégance avec laquelle Carlos Salem raconte cette grivoise anecdote donne tout le ton du roman.  Parti jusqu'au Portugal retrouver "Juanito", il devra le ramener à la Zarzuela en traversant l'Espagne disparue.

Ce voyage inédit et improbable est un bonheur, au cinq sens possible. Cette cacophonie des mondes croisés, ces routes de terre qui traversent des villages au nom ridicule est l'occasion pour fouiller ce pays de prodige et l'intérieur des corps. En hommage à cette musique qu'il vénère, la ranchera mexicaine, Salem danse tout du long : entre les morts et les vivants, les mexicains les argentins et les basques,et ce peuple de l'ombre qui attend que la poussière retombe pour aimer son prochain.

L'empathie est telle que les méchants ont des couleurs vives et des ressorts attachants. Txema le détective cabosse est fantastique. Il cisèle ces répliques comme des épitaphes et secoue la toute supérieure autorité avec une amitié sans faconde. Vous aimerez sans doute aussi les femmes qui hantent ces hommes de peu de biens et les incroyables gaudrioles qu'elles leur font faire.
Puis l'écriture.  Quelle écriture ! Quelle force, quel humour, quelle tendresse....La plume trempe, dans le sel et le pata negra, la croûte en épices de cette terre de chaussées mal faites qu'on pensait disparue. Contre le grand capital qui n'aime pas la mémoire des puissants, Salem oppose une certaine folie et l'idée des luttes anciennes. Les braves gagnent, comme si Franco, caché derrière était encore à dévisser. Jusqu'à la mécanique tout est troussé d'or : au moment où le détective décide de ne plus être une victime, de chasser à son tour, le roman s'écrit à la troisième personne et Salem aura cette phrase magnifique : "il est temps que les canards commencent à tirer sur les fusils".

"Je reste le roi d'Espagne" est un enchantement. C'est aussi un polar, un grand, un roman retro initiatique, un chant d'importance et le philtre charmant qu'on trouve encore chez Sepulveda. Une merveille.

vendredi 13 janvier 2012

Le projet Shiro - David S Khara

Message aux activistes du futur prix polar : David Khara : Jeune auteur inconnu publié dans une petite maison d'édition rennaise...

Auteur du très remarqué "projet Bleiberg" et malgré la vente des droits au cinéma et la vente de l'édition poche  à 10/18, David LKhara n'a pas quitté la maison Critic pour son deuxième volet.

Autant le noter de front, David Khara n'est ni Kellermann ni Ellory. Son scénario lui pompe toute la sève et on peut sentir son envie d'en découdre avec l'histoire plutôt qu'avec la description d'un environnement angoissant à force de métaphore. Une fois pris pour ce qu'elle est, l'oeuvre de khara est assez diabolique. Jugez plutôt : après avoir démantelé dans "Bleiberg" une bande d'iconoclastes nazis manipulateurs de gênes, Eytan le géant va se coltiner des crypto anarchistes décidés à vaporiser des virus dans tous les coins de la planète ! mais quand cela va t il s'arrêter, se dit le bon géant en tuant son quatre mille cinq cent cinquante sixième ennemi.
Voilà. Tout ce que j'aime. Cette frénésie de la péripétie est ultra assumée dans le projet Shiro : des innocents dans la tourmente, une pseudo secte internationale, une rivale trop belle pour être vrai, des vols en partance pour tous les coins de la planète, le too much de péripéties dans ce livre est son meilleur argument : on tourne, on tourne les pages jusqu'à plus soif : il faut parfois savoir s'égarer dans cette jouissive récréation de l'aventure (et du sang, ouaip) celle qui a fait la gloire (puis la déchéance...) de Chattam et de Thilliez. Ici le découpage en courts chapitres a l'effet escompté : allez, j'en lis encore un et hop... C'est en général la meilleure façon de terminer le livre dans la journée.

Appuyez sur la détente ! Un petit conseil, il est bon de lire "le projet Bleiberg" avant d'entamer "le projet Shiro" mais ce n'est pas indispensable...

A l'origine : le projet Bleiberg

saturé de mauvaises nouvelles, Jay Novacek voit la même semaine sa mère et son père assassinés, se faire poursuivre par un agent du Mossad et s'embarquer dans un vaste complot d'origine nazi pour manipuler les gênes de l'humanité toute entière...Gosh ! de quoi se décoller la rate à force de courses sur toute la planète ! Découvert par quelques lecteurs bretons, le bouche à oreille a bien fonctionné pour le petit éditeur Critic. Mérité : assumant son rôle de générateur d'adrénaline, David Khara enfourche tout : scènes de combat, savants fous, espions désabusés, nazis en exercice, le tout en utilisant à bon escient le retour en arrière. Un must dans son genre...

mardi 10 janvier 2012

Lettres ouvertes - spectacle de lecture

Cette année, les amis des lettres seront servis.

En plus des prix Artigues et Polar d'Artigues, nous organiserons un spectacle de lectures présentés par...qui le voudra !

Mais c'est quoi donc ?
Chaque personne qui le souhaite peu venir lire un passage d'un de ses livres fétiches / favoris / mythiques / préféré / détesté... La durée et la longueur du texte dépendra du nombre d'intervenants.

Et le public ?
 Tout le monde peut venir écouter les textes. C'est gratuit, c'est un moment de partage et d'émotion qu'on recommande à tous ceux pour qui les mots ont un sens.

mais c'est quand bon sang ?

le samedi 26 mai à 20h30 à la grange Betailhe à Artigues.

Je veux en être !
facile ! Si vous voulez être lecteur, vous avez jusqu'au 31 mars pour choisir votre texte et nous envoyer un mail à :
Si votre ordinateur est en grève, appeler le 05-56-86-73-46

Je veux en être mais je suis pas sur :
La lecture n'est pas un exercice de mémoire, le texte est dans vos mains. La lecture n'est pas un exercice de diction ; c'est votre voix, vos hésitations et vos émotions qui donnent vie au texte. La lecture vivante est un exercice de partage, gratuit, dont la force réside dans sa simplicité.
Il n'y a aucune contrainte concernant le texte : vous choisissez l'auteur et l'oeuvre qui vous plaisent.

Les modalités pratiques (la mise en scène quoi...) du spectacle feront l'objet de quelques répétitions pour que tout le monde soit à l'aise avec le déroulement de la soirée.

Amis lecteurs, nous vous attendons avec impatience !
Amis spectateurs, notez le 26 mai sur vos agendas !

mardi 3 janvier 2012

Et surtout une bonne santé

Voici de quoi se réjouir de l'année qui arrive :
janvier : la compilation en éphémérides des meilleures découvertes en sciences humaines de Laurent Gounelle. En voici quelques unes, c'est une exclu :
- La vie, c'est pas facile, mais quand même y' a des bons moments surtout pendant les repas
- Quand on dort on pense à des trucs étranges
- Sur la route, le flot de la circulation est comme le sang dans les veines de la ville que en plus les boulevards des fois on appelle çà des artères c'est pour dire.

Fin du mois, Harlan Coben soit huit livres (rien d'exceptionnel) dont le très attendu "dis le à quelqu'un ce coup ci".

Février, pour la Saint Valentin, outre "les secrets du coiffé très coiffé" par Mireille Mathieu et le déjà polémique "Born to tarlouze" de Johnny, Flavie Flament revient sur ses 9 jours de célébrités, dans l'époustouflant "benji l'espion pékinois" sorte de long travelling périphrasé sur la muraille de chine ou le doute dispute la vedette au porc caramel (riz cantonais à volonté).

mars : François Busnel épouse Delphine de Vigan en premières noces. Devant les caméras de la chaîne parlementaire il fera une interview sans complaisance du meilleur auteur de livre dont le titre est piqué à Bashung. Il dira : "Madame vous avez un livre euh très grand". Elle lui répondra que c'est un peu court.

Avril  : en préparation des échéances électives un quarteron d'académiciens nous livre un programme fulgurant sous forme de livre gis clair. Parmi les mesures principales, l'usage de la pattemouille n'est plus obligatoire lors de la manipulation du fer  à repasser en plomb. Par contre l'idée de mettre un moteur sur la roue avant d'un vélo sera abandonnée. Faut pas pousser.

Mai : Citroen sort une série limitée "K" de son modèle vedette , la DS. L'intérieur est en léopard mais les publicitaires sont pessimistes.

Juin : Yann Moix entame le tournage des derniers épisodes de la saga Star Wars. On y découvre que la planète Tatouine est faite en Claude François et que Mme Skywalker utilise les poils de CHewbacca pour faire son ménage !

Juillet : Dans sa version enfin disponible en 3d, la vache et le prisonnier propose une vision déterministe de la crise. Cependant des scènes ont été rajoutés pour actualiser le propos. Ainsi, Fernandel est poursuivi par le tracteur de François Bayrou hurlant "Jambier !"

Aout : sous la stupeur des soleils crachés, des gens lisent sur la plage. Au loin, entre la ligne qui marque l'horizon et ce grand voilier blanc, hanté par le shockwave rider de Brunner, flotte un livre numérique.

Septembre : sentant que la rentrée lui vaudra sa corbeille de fruits périmés, Amélie Nothomb sort un livre écrit une page sur deux. Pour deux euros de plus, on peut se procurer un crayon fluo pour compléter l'indispensable charabia du maître. Elle y parle en autres de ses meilleures dédicaces (en tête " à Jeanine, ses bigoudis m'ont anamorphosés").

Octobre : appelé à remplacer le ministre de la culture, JM Jarre, le mauvais fils, exige un musée du Casio à coté du Panthéon. Pour faire diversion Arielle Domsbale fait entrer son nez à Beaubourg, atelier "curiosités contemporaines".

Novembre : déchiré par une critique parue dans Politis, Serge Dassault fonde la secte du fusil à lunette. Picnic dans les forêts bretonnes, sans personne around. Le Figaro n'en parle pas mais distribue des invit pour la chasse au syndicaliste à poils longs.
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Décembre : déguisé en père Noel Mickael Vendetta fait un casse au huit à huit de Poissy. Il réclame un rôle dans "intouchables III"

Pour passer l'hiver on écoutera en boucle la réédition du somptueux 16 Horsepower. On sent bien que la vie, ce cabaret d'urgence, vaut qu'on se coupe sur chaque lame de chaque jour. Dans la cavalcade, sur le mustang, les sacoches sont emplies de moments possibles. Que vos montures de 2012 traversent l'année sans relâche.




mardi 27 décembre 2011

Une femme fuyant l'annonce - David Grossman

En cette période de fête native transformée en business international du bolduc flétri, nous sommes attirés par ce titre à rebours de l'israélien David Grossman que de nombreux critiques qui écrivent dans des magazines autorisés et officiels ont accueilli comme le livre de l'année.

Référence digérée à Claudel (l'annonce faite à Marie) j'y trouve d'entrée un point commun avec celui qui avait découvert la foi derrière un pilier de Notre Dame (cette anecdote me raffraichit toujours quand on songe au nombre de visiteurs s'arc-boutant aux colonnes, qui pour photographier un vitrail, qui pour capturer au caméscope les doigts dans le nez du gamin qu'on trimballe depuis 5 heures d'île de la cité en île Saint louis) : le poids.

Ora est mère de deux fils, dont l'un est appelé pour une opération de maintien de l'ordre en Palestine. Elle se voit dans un futur imminent accueillir les envoyés de Tsahal venus lui annoncer la mort de son fils et lui remettant d'un air contrit quelques effets personnels qui l'anéantiront.

Elle décide donc de partir en randonnée en Galilée (toujours exquis parallèle évangélique...) pour que jamais l'information qu'elle croit certaine, de la mort de son fils ne puisse l'atteindre. Sans connaissance de l'évènement, l'évènement n'aura pas lieu.

C'est une très belle idée que nous offre David Grossman. Et les tenants de notre catéchisme dans ce périple au mille références possède une vraie force polémique à la fois dans les rapports entre les sociétés occidentales et cette partie précise du monde et dans l'adversité de tout un peuple, de chaque coté du point de vue, qui ne vit que de guerre et de désolations.

Le livre s'organise donc autour de ce voyage qu'Ora accomplit avec Avram, son amour de jeunesse (et un peu plus que cela;..). Les mots vont aboutir : ils vont identifier le fils en sursis, perdu sous les balles palestiniennes dont sa narration renforce l'énergie vitale. Et à Avram elle dit son monde familial, sa vie d'après lui et d'avant cet évènement qui la précipite sur la route. Les plus beaux moments sont ainsi ceux des déplacements, des rencontres et des traversées. Ce berceau géographique parcouru à petits pas renferme des beautés flamboyantes sous la plume de Grossmann. A l'inverse, la marche immobile, celle de la parole et des retours en vie antérieure est beaucoup plus lourde et souffre de la comparaison avec ce qu'en fait généralement Oran Pamuk ou Erri de Luca. Pour renouer le fil de son histoire, Ora pratique un bavardage qui m'a paru trop conséquent : j'ai pris de la peine à mettre mes pas dans ses pas, la route m'a semblé longue et la terre lourde. Cette emphase de temps, cette répétition à l'envie de moments lointains ne rétracte pas la très belle écriture d'"une femme fuyant l'annonce" mais le risque est grand que le lecteur bifurque par instant, perdant alors l'effet choisi par l'auteur : manifestement Grossmann a eu besoin de cette embolie, de cette fragmentation des dialogues qu'il pratique énormément pour que son histoire, comme un sac aux épaules, dise le poids de toute une vie.
Un peu plus de légèreté n'aurait pas été insoutenable.

mercredi 21 décembre 2011

Prix Artigues 2011 - la presse en parle

Voici le lien vers l'article que Sud Ouest a gentiment consacré au prix Artigues 2011.


Merci à Chantal Sancho pour son passage pendant nos délibérations...

samedi 17 décembre 2011

Prix Artigues 2011

Il fallait s'y attendre, compte tenu de la sélection aussi éclectique qu'originale, le final fut assez serré.

Retour sur les évènements de la soirée :

- 19h15 : bruissant du sourd fracas des grandes académies, des jurés mysogines laissent courir la rumeur que "la répétition" ne prendra pas la tête. Des féministes interviennent, un duel à la verrine s'engage à l'étage de l'O à la bouche

- 19h30 : alors que la grande majorité des jurés rêvent d'en découdre, quelques uns tentent un comptage des verres de punch pré remplis. L'un des jurés propose un coup d'état pour renverser le sélectionneur en réclamant la création du prix de la meilleure fiction sur le boson de Higgs (seuls les auteurs français barbus et grisonnants pourront être sélectionnés. Après négociation, les femmes barbues et grisonnantes le seront aussi).

- 19h45 : dépouillement des quelques votes par procuration. Un juré félon glisse une enveloppe classant en tête la biographie de Michel Drucker et le recueil des sketches de Laurent Gerra. Le subterfuge est démasqué par de fidèles papistes qui ont misés sur l'avenir de Rome.

- 20h00 : Poussé par la mêlée après une grosse demie heure de ruck un juré en tenue de cocktail fait passer les verres. Ivres de livres et de peinture des jurés sont debout sur le "Dernier Testament" jurant que s'il ne finit pas premier ils erreront nus et scarifiés sous la lune montante.

- 20h15 "Carrere n'aime pas sa mère". Un juré balance sur Limonov tout en le mettant en tête de ses votes. Les esprits s'échauffent ; deux moujiks tentent de noyer le suspect dans de la vodka carambar. Il s'en sort en critiquant la sélection.

- 20h20 : Le vote commence :" la répétition" se détache nettement en tête mais un groupe de jurés rebelles bourre les urnes avec des coquilles de pistache. Tout est à refaire. "Ces longs cheveux sur la couverture sont un nid à poux" nous apprend une maman. Du coup, tout le monde modifie son vote. "La répétition" finit dernier du premier tour.

- 20h30 : Cameron envoie un texto. Si "Heritage" n'est pas finaliste, il fait bouillir dans la menthe la valise d'euros qu'il destinait aux jurés corrompus. Heritage finit 4e; il est éliminé. Un juré en kilt entonne "Bonnie Prince Charles" ainsi qu'une reprise de "Scott the Brave" à la mandoline.

- 20h45 : les trois finalistes pour le deuxième tour sont donc : "La fête du siècle", "le dernier testament" et "Limonov". Carrère déteste aussi sa soeur révèle le juré du bloc de l'est. Un juré un peu absentéiste fait remarquer que tous les livres sont assez mal dessiné.  Les Moujiks réduisent le résistant grâce à leur pistolet à blinis.
- 21h00 : les insultes fusent. Certains traités de "gominés du conseil à la solde des milanais", menacent de démissionner. "laquais de Satan à la bergamote" dira mystérieusement un adorateur de Frey. Quelques landais tolérés dans la salle confirment que Jesus reviendra sur terre en salmis de Palombe. Limonov m'avait pas non plus beaucoup d'estime pour sa gand tante, nous révèle le juré slave.

21h15 : trois cagoulés armés de tartare de St Jacques entourent le libraire qui livre le palmarès :

1 - La fête du siècle de Niccolo Ammaniti
2 - Le dernier testament de Ben Zion Avrhorom de James Frey
3 - Limonov d'Emmanuel Carrere

21h30 : On découvre le peu de sympathie de Carrere pour ses cousins issus de germains. La sélection est remise en cause par un fax de Laurent Gounelle "Jesus détestait le Milestrone".

22h00 : un calembour à cravate remet tout le monde dans le sens du débat. Tassin et Pitiviers, sont cités, ainsi que le saucisson à l'ail et le poncho de M. Ouille. Quand la presse arrive on simule une discussion sur Bergson qui disait à jeun "l'humanité gémit à demie écrasée sous le poids des progrès qu'elle a fait".
Minuit : rendez vous est donné pour le prochain prix. (polar français écrit en octosyllabe comportant au moins une scène de meurtre à la scie égoine pendant une manifestation contre la supression des produits au lait cru).

Carrere, on l'apprend, détestait cordialement ses grands parents.


jeudi 15 décembre 2011

Le cas Sneijder - Jean Paul Dubois


Nous avons fréquenté jean Paul Dubois en 2008, quand nous avions placé ses "accommodements raisonnables" dans la sélection du prix Artigues.

Plusieurs anecdotes sur ce livre lui donnent un a priori positif chez nous : Sneijder, patronyme néerlandophone qui me rappelle ma grand mère Busschaert et cette langue coupée au couteau, qui siffle les J et s'exclame en R roulés.
Dans ce livre on cite aussi Stirling Moss, grand pilote anglais, type propre sur son volant, gagneur insatiable qui n'aura jamais remporté le titre en F1 pour cause de circonstances atténuantes.

Mais pour le reste ?
Lisez.
Lisez cette perle intégrale.
Jean Paul Dubois, on le croit depuis "vous plaisantez M. Tanner" est un grand humoriste.
Partant d'une sordide chute d'ascenseur, il nous raconte l'histoire de Paul Sneijder, fracassé dans un élévateur fou, qui y perd sa fille et ce qui lui restait d'assurance sur la vie qu'il mène. Revenu des étages, il va découvrir sa deuxième peau, ses malheurs et les chocs de la mémoire qu'il n'a pas perdu.Et quand il grince, Jean Paul Dubois, quand il cingle, quand il venge il a la langue qui vous retourne. Il dit du mal avec la classe internationale d'un auteur anglais, dynamite sa propre famille avec la désinvolture d'un Desproges inspiré. mais par dessus tout il lime notre monde désinvolte avec la ferveur d'un repenti.
Désarmé par ce qu'il voit de sa fenêtre, qu'il considère comme essentiellement construit autour des ascenseurs, il devient promeneur de chiens et rencontre les improbables gravitant autour de son histoire. Pas un des moments de ce livre n'aboutit sans provoquer d'empathie pour ce type malhabile, perdu de partout, qui remet des briques à sa construction avec une truelle en pâte à modeler. le voir s'esbaudir de jardins japonais, de chiens calmes et indifférents, le voir sortir par neiges et bottes en toutes circonstances élève des théories relativistes. Quand il dit "la vie, ce sport individuel qui mériterait, pour peu que l'on considère l'absurdité de ses règles, d'avoir été inventé par un anglais bipolaire..." on sent tout le rire qu'il tire de son désespoir et de la suffisance de ses alentours. merveilleux de compassion et inaltérablement méchant envers sa femme et ses deux fils (mais pour de très bonnes raisons)  la promenade de Paul Sneijder dans l'inégalable matérialité du monde moderne touve écho en chaque pas : entreprises à fort potentiel, carrière en évolution, richesses accumulées. A côté, les cendres de sa fille, qu'il a trop longtemps perdu et retrouvé un jour, dans une cabine d'ascenceur.
Jean Paul Dubois sait terminer son roman, c'est une chose de plus en plus rare. Il lui souffle un dernier vertige, étonnament positif et mélancolique, plus éloigné de la farce noire fréquentée en amont.
Magnifique.

samedi 10 décembre 2011

Droit de suite : Franck Delaney et Paul Cleave

Deux auteurs très remarqués avaient annoncés leurs envie d'en découdre à nouveau.

Traitons du cas Delaney dont le premier ouvrage "les enfants de la nuit" nous avait enthousiasmé. Enfoncé dans une perspective iconoclaste du Reich de la folie, il avait avec son Nicholas d'architecte principal, réussi à louvoyer dans les peurs d'avants malgré les perspectives très contemporaines des voyages pratiqués.
Nous retrouvons Nicholas Newan, toujours architecte et névrosé, saoul de solitude mais incapable de prendre langue avec ses concitoyens. Il revient en tant d'exécuteur testamentaire d'un riche ami, obsédé par le massacre d'Oradour sur Glane et c'est encore de cette engeance dont il est question dans ce deuxième volume.
Las, le premier.
Voila bien le malheur de l'auteur d'avoir si bien façonné son opus précédent qu'en tout passage nous trouvons la suite un poil fadasse. Alors bien sur, la force du personnage est reconduite : peureux, maladroit, naïf, il est embarqué dans l'aventure comme dans un grand déménagement dont il aurait oublié l'étiquetage des cartons. Mais la mise en place du chantier sous-jascent, celui des fascisants contemporains est beaucoup trop longue et le massacre d'Oradour trop connu de nous, lecteurs français, pour découvrir un nouveau pan d'histoire. reste l'écrit, cette belle langue que Delaney ne quitte pas et qui met finalement encore son thriller au dessus d'une bonne partie de la production du moment. Mais "les enfants de la peur" ne côtoie que rarement la classe des "enfants de la nuit".
PS : toujours aussi bêtasse, la maison d'édition poursuit dans le déni de titre. L'original c'est Pearl (perle...) qui fait écho à la fois à un personnage du livre et au premier roman dont le titre anglais était "Amethyst"...N'importe quoi.

Paul Cleave est neo zélandais et son premier roman a été repéré par la maison Sonatine productrice de thriller caviar et foie gras. "Un employé modèle", sa rampe de lancement, avait le bel équilibre de ces rares thrillers ou l'humour et la décontraction trouve une place entre deux coups de scie.
Restant à Christchurch dans son pays natal, Paul Cleave s'interroge cette fois sur la filiation. Un fils de tueur en série questionne son père sur l'attitude à suivre après que sa femme soit sauvagement assassinée. On devine un peu la suite. Premier problème. Le deuxième est une plainte. Longue et constante ; celle du héros pendant les premiers chapitres, déçu de son sort on le comprend mais qui ralentit considérablement l'évolution de l'action. A l'arrivée une belle terminaison, efficace et paroxystique mais une mise en place poussive, tout le contraire du premier volume.

Une bonne nouvelle quand même ? "Les enfants de la nuit" et "un employé modèle" sont disponibles en poche. Ça peut consoler...

vendredi 2 décembre 2011

Presse - finir en botté

Quels journaux mettre dans ses bottes pour finir l'année ?
Petite sélection d'efforts louables en ces temps de politiques éditoriales déconcertantes.

Magic - 365 chroniques
Le mag de référence de la musique indépendante a pris un virage plus americana que Brit pop il y a quelque temps de cela. qu'importe : sa force c'est son référentiel. Si vous suivez cette musique là, vous aurez des branches à quoi vous raccrocher. A l'inverse, le profane risque l'agonie dans d'étranges langues iconoclastes à parcourir cette revue annuelle de la production pop de l'année.
L'avantage du "365" c'est qu'un classement est établi (ca peut aider) à la fois par les journalistes et les lecteurs. Ainsi, les points de convergence entre les deux doivent représenter les valeurs sures de l'année. A ce jeu de tuiles, le grand vainqueur, comme prévu par votre serviteur, est Metronomy, dont l'alum English riviera ravit le monde entier.

Liberation -Hors série images 2011
C'est un des problèmes selon moi de Libération, l'iconographie prend le pas sur le débat. Plus d'images moins d'écrit ne me semble pas le meilleur slogan de la presse quotidienne. Par contre un petit annuel sur l'état de l'art de la photo de presse est une excellente lecture. De magnifiques oeuvres, des témoignages et des identités intemporelles. Ainsi cette photo de la Place Tahrir, prise d'on ne sait ou qui fait ressembler l'histoire à une toupie beyblade ou à un dernier raid du Millenium Falcon en feu vers Kesselring...

Alter éco  - Chiffres 2012 - L'état de la France au travail
On peut aimer la dinde ET le débat. Ainsi pour fourbir vos armes et
lutter tous vents contre les idées reçues, le principe d'austérité et la gloire des marchés, deux fascicules argumentaires bien bâtis :
- Une vision panoramique du monde en cours de bataille par courbes et chiffres croisés.
- La France n'est pas (non plus) juste un état de fainéants roitelets. Ce fascicule sur notre pays au travail illustre assez bien le fait que la crise est un excellent argumentaire de la politique salariale. Quand on est du bon côté du manche, cela va de soi.

Chasseurs d'images - 100 tests
La hotte du Chasseur d'images est devenue un classique. Si vous devez (vous) offrir un appareil photo numérique, ne passez pas à côté. Chasseurs d'image se dit indépendant de ses annonceurs  je n'ai pas pu vérifier mais vous pouvez le faire pour moi...
Petit plus rigolo : la rubrique pratique est consacrée à "faire des photos dans ma salle de bains". J'attends vos épreuves...

Petite sélection de magazines culinaires pour préparer vos boyaux aux chocs à venir.

- Marmiton  : la version papier du célèbre site de cuisine a deux atouts : une belle production et une bonne qualité / facilité d'exécution. Sans fleurir dans le deux étoiles et la cuisine moléculaire,les plats présentés sont réalisables (par moi ! c'est un critère indéfectible...), les temps de cuisson et les proportions raisonnables. Belle imagerie et mise en page raisonnable qui donne envie de mettre à la poubelle Maxi cuisne, Cuisine actuelle et Télé Star cuisine.

- Cuisine et Vins de France : magazine assez inégal et parfois schizophrène (pinard ou tambouille ???) dont l'annuel "réveillons" reste pourtant une valeur sure. Une fois dépoussiéré des pages déco et people, de belles recettes, parfois classes et réalisables.

- Saveurs : excellent magazine de cuisine qui ne parle parfois pas le français. Ainsi le mois dernier ils titraient"les gratins, trop faciles et trop bons". C'est énervant.
Disons le cependant, leurs recettes font souvent mouche. Un petit coup de coeur dans ce numéro ci, de belles trouvailles autour du chorizo. Faites moi goûter...

- Elle à table : très déroutant. On a envie de découper le magazaine pour se faire un petit classeur avec les pages potables. (trop de pub, de reportage pas chers et de portraits fades). Mais quelles photographies !!! Trouvez un plat que vous ne voudriez pas manger dans ce numéro ! De bonnes idées à picorer, donc.

mardi 29 novembre 2011

Pulsations - Julian Barnes

Excellent client francophile, l'écrivain que Bernard Pivot pensait avoir découvert se fait de plus en plus rare chez nous, et paradoxalement de plus en plus présent en Angleterre ou il vient de remporter, après plusieurs finales, le Booker Prize, Julian Barnes est à priori un marrant.

Dans le "perroquet de Flaubert" ou "l'histoire du monde en 10 chapitres et demi" il excellait en ronds de civilités, rubanés de nonsense et de métaphores assassines.

Ses précédents romans étaient moins flamboyants parce qu'il laissait poindre cette mélancolie de falaises que les insulaires ont parfois par grands vents et âges avançant. Nous le retrouvons cette année avec un recueil de nouvelles consacrées à l'intemporalité du quotidien, de ces petits mouvements d'épaules qui trahissent nos variations de respirations.

Première information : ne vous contentez pas de lire la première nouvelle : c'est la moins bonne. Barnes enchaîne avec une scenette toute en dialogues, extrêmement drôle, impertinente et en même temps sans illusion sur ce qui fait le particularisme de ses co-locataires de l'Union Jack. A chaque épaisseur de trait, il laisse poindre une grande mélancolie mais paradoxalement on y trouverait volontiers un équivalent théiné de la Saudade et ces petits bonheurs feutrés ont l'air de laisser des traces et des extases. C'est bien en cela que ces petits contes de notre époque ont toute leur valeur : photographiques, animés de façon minimaliste, il passe par filtrations de mode (le jardinage, la monnaie unique, Obama) et recrache sur ces gourmandises une certaine idée de l'appétit, qui comme la soif rabelaisienne, s'en irait en mangeant.

Ce rite de passage dans l'humain, cette façon toute innocente de nous dire que nous sommes des hommes et qu'à ce titre nos compromissions avec les autres sont parfois splendides, Julian Barnes a étonnement trouvé un excellent format pour les traduire : à tous ceux qui ont besoin de poids dans un livre, une certaine durée et l'envie d'en découdre, voici un exercice de respiration, subtilement contemporain et pourtant passé assez inaperçu.

samedi 26 novembre 2011

Misericorde - Jussi Adler Olsen

Prix du polar scandinave ?

Allons bon,  encore des chrétiens démocrates à la dérive, des banlieues mornes et des ministres qui voyagent en métro. Méfions nous des hégémonies et particulièrement des modes littéraires qui ont saturé les étals des libraires de bonne foi. Rare sont les étonnements, et pour un Idridasson, combien de Lackberg ?
Alors, cent fois sur le métier disait mémé, je m'y remet avec la prudence d'Arnaldur qui traverserait Neuilly sur Seine.

2002. Une députée de l'opposition, au faît de sa gloire et appelée à de grands destins, disparaît subitement alors qu'elle se rendait à Berlin.
2007. Carl Morck (avec un trait sur le O) est victime d'un fusillade avec ses deux co-équipiers. L'un meurt, l'autre est immobilisé et lui déprime.
Ruinant l'ambiance de toute la préfecture de police, son chef lui colle la responsabilité d'une unité, le département V, ou il sera chargé d'élucider des affaires classées un peu suspectes (c'est une périphrase parce que je ne sais pas dire cold case en danois). Il se retrouve avec pour seul collaborateur Assad, un employé à tout faire qu'on lui a attribué pour balayer et faire le café.
Donc Morck s'y colle et remonte le fil de l'histoire pour découvrir si vraiment, Merete Lyyngaard se serait suicidé.

Qu'est ce qui distingue un polar classique d'un polar classique réussi ?
Le ton.
Je sens comme un vent punk (un poil Ramones) secouer la carcasse toute vieillie de l'inspecteur Morck. A partir ce cet abandon de lui même, il va trouver quelque force pour se poser les bonnes questions, le tout en respectant les codes du genre : Merete n'est pas morte mais séquestrée et soumises à des tortures pas trop gore mais assez flippantes. Tous les 3/4 chapitres on la retrouve au fil du temps dans son enfermement et l'évolution temporelle donnée à la chose est une belle réussite. L'enquête est extrêmement bien menée, les personnages souvent dérisoires et drôles et les échecs relationnels de Carl Morck assez irrésistibles.

Soigant tout particulièrement son dénouement, Adler Olsen réussit la totale : un rythme soutenu sans frénésie, une enquête au cordeau, une critique douce amère des moeurs politiques danoises (pourtant souvent données en exemple...) quelques frissons dosés à merveille et l'aveu du fil ténu de nos vies, petites pièces aux cloisons minces dont nous oublions si souvent la perméabilité à la miséricorde.

mardi 22 novembre 2011

Le prix Gonlong

Quelqu'un a lu "les bienveillantes" en un coup, sans flottement, sans regarder la pendule, sans croquer un bout de chocolat et le mâcher lentement avant de reprendre le fil de l'écriture ? Cet homme je vous le dis est un héros, il rentrera au panthéon du prix Goncourt qui consacre les livres longs.
Cette année encore, "l'art français de la guerre" marche dans le pas du fil déroulé. Une pelote épaisse, serrée fin dans la littérature française qu'on veut dire "exigente". Définissez l'exigence. Si le public référentiel de la littérature est normalien on peut supposer qu'une étude approfondie de l'ennui ou d'une vague de lassitude en lame de fond puisse être sujet à disserter. Il me semble qu'on peut aller au delà et qu'à des défaut d'être court, des romans très épais et très intègres ont leur chance auprès de l'audience, cette cachette sombre, issue d'une pub pour les oscars dans laquelle on met le reste du monde qui lit les livres.

Le talent d'Alexis Jenni n'est pas en cause. J'aime sa langue et sa gourmandise, pas ses conséquences sur ma digestion. Pas plus que n'est en cause son sujet qui n'évite rien mais crible, dans son foisonnement, un point vue frissonnant sur la colonisation ou l'ingérence au nom de rien qui serait si précisément cet art français de la guerre.

Votre livre est beau, M. le Goncourt, et peut être que cette capacité de fatigue et d'enlisement, concomitante de votre talent est elle une métaphore de ce que la France fait au reste du monde : cet art infâme de l'usure que nous avons pratiqué dans bien des domaines. Mais alors, il me faudra passer par delà votre essai sur la fatigue pour rajouter un (court) chapitre à l'essai magistral de Handke.

J'aurais aimé louanger ce premier roman, comme je l'ai fait pour Paul harding récemment mais l'épaisseur de la page et du trait me retiens un peu. De plus, la fin très sexuellement et métaphoriquement cru délave un peu cette exigence dont nous parlions précédemment.

Ferez vous, dès lors, comme Mathias Enard, horripilant de phrase, qui s'est dans sa seconde oeuvre fait Sepukku pour délier de la fine légende dans son très estimable "parler leur de batailles...".

Parlez nous encore de guerres, mais que le fut du canon n'aie pas le temps de refroidir...

vendredi 18 novembre 2011

Julian - Robert Charles Wilson

Définitivement, amis éloignés du côté obscur de la littérature, Robert C Wilson est un passeur. Sans doute le plus grand médiateur des mondes éloignés de la Science fiction et du roman contemporain depuis Clifford D Simak.

Nous avions procédé aux courbettes que méritaient cet homme lors de la publication en France de "spin", prix Hugo (le goncourt de la SF) qui déjà laissait s'évader ses concepts saisissants dans un roman initiatique formidable. 

Mais cette fois, "Julian" est un aboutissement.
Comme il n'a de cesse de raconter l'homme évoluant dans les tourments universels qu'il a créé, Wilson trouve un premier artifice malin. Son scénario élabore l'avenir de notre planète (XXIIe siècle) après la disparition du pétrole et ses conséquences sur nos visées expansionnistes. Mais plutôt que Will Self qui crée un autre univers avec ses propres codes (voir l'époustouflant livre de Dave), Wilson se dit que notre monde, basculant dans une ère à reculon redeviendrait assez semblable à ce que nous avons connus au XIXe siècle. Voilà la très bonne nouvelle pour les lecteurs non initiés au subtilités du steam punk.

Alors que ce passe-t-il dans ce champ de ruine ? Rien qu'on ne puisse soupçonner que l'humanité reproduira indéfiniment. Un logique de caste, des familles politiques aux moeurs complotées, des militaires guindés, des héros érudits et des narrateurs façon Mark Twain.

Donc dans ce monde de va t en guerre ou l'Amérique combat le Milltleuropa, nous suivons les aventures intellectuelles et militaires de Julian Comstock, neveu du président en exercice, paria de sa famile et qui se cache dans les troupes américaines avant de connaître un destin de conquérant. Sa particularité, outre des facultés charismatiques hors du commun est d'être un apostat, niant la capacité de d'église, omniprésente, à gérer la philosophie des hommes.

Génial. Wilson nous transporte dans des wagons à bestiaux avec la classe des vieilles machines à écrire. Découvrant petit à petit cet étrange néo-monde, on y suit la pugnacité de ceux qui veulent survivre et la grandeur d'âme des révolutionnaires aristocrates. Tout le récit est magnifié par cette volonté qu'une aventure doit avant tout être écrite, qu'il y à dire des contentements et des renoncements, que le flamboiement du Saint Laurent peut lutter avec une controverse sur la Genèse. De bout en bout, les survivances des temps anciens se promènent, ici l'image mystérieuse d'une aviation (???), là des armements mystérieux puis la ferveur charbonneuse des hommes de peu de biens, trimballés d'un canon à l'autre par des officiers religieux.
Manifeste conter la barbarie, le raffinement de Julian est omniprésent. Déjà entr'aperçue dans les merveilleuses explorations de ses précédents romans, Wilson touche au but : le roman, le vrai, dépasse les boites à chaussures dans lequel on le classe.

Traversez le pont, vous aimerez le chemin.

mardi 15 novembre 2011

Prix polar Artigues : précurseur ?

Les prix 813 ont été décernés et Jean Marc Laherrère, le très inspiré chroniqueur du blog "actu du noir" fait la remarque suivante : il aurait préféré que le titre étranger aille à "Serena" de Ron Rash, "Tijuana Straits" de Kem Nunn ou "Savages" de Don Winslow.

Soit exactement 3 des 5 titres sélectionnés dans le prix polar Artigues 2011, celui là même qui avait récompensé "Tijuana Straits" après une discussion animée mais chargée de respect (le mot volapuk n'a été utilisé que deux fois, l'expression "ta mère dans un polar d'Anna Gavalda" n'a été prononcée qu'à demie voix, cachée par le cliquetis des flûtes à jus de fruits et l'insulte à peine déguisée de "t'as l'air d'un latéral droit des girondins", échangée entre connaisseurs, s'est soldée par un non lieu lors d'une récente session de la cour d'appel)

http://actu-du-noir.over-blog.com/.
Merci à Alain; sentinelle des blogs en noir qui nous a transmis l'info...

jeudi 10 novembre 2011

Toyer - Gardner Mc Kay

Vous avez tous constaté que dans le thriller, les chroniques et biographies de serial killer sont devenus un genre à part. Ayant eu vent d'une adaptation par Brian De Palma au cinéma, le Cherche Midi a donc décidé d'éditer tout récemment le roman de Gardner Mc Kay, écrit en 1998 et dont il n'écrira jamais de suite, puisqu'il est décédé en 2001.

Toyer vient de toy, le jouet en anglais. Pour une fois, les traducteurs ont choisi une version brute plutôt de que nous appeler ça "l'endormisseur des crépuscules" ou "l'homme qui jouait avec les vies mais pas que". Classe.Voici donc Toyer, qui n'est pas un tueur en série. Pas exactement. Il ne tue pas ses victimes mais les plonge dans un profond coma dont elles ne se remettront jamais. Les endormies sont suivies à l'hôpital par le docteur Maude Garance qui 'en pleut plus de ces victimes entre le sommeil et la mort. Elles font également l'objet de toutes les attentions d'une journaliste du Herald LA qui voudrait bien décrocher un Pulitzer avec l'histoire de ce tueur anesthésiste.

Le livre n'est pas découpé en chapitre mais en personnages. Sur, déjà vu maintenant, mais efficace. Un page turner parfaitement paramétré. D'autant que la noirceur des contours nous fait chercher les lucioles dans ces abattements permanents. Même le tueur qui s'exprime parfois a l'air d'un grand dépressif et les instincts d'abandon qui clairsèment le roman lui donne une ambiance vraiment particulière. Puis vient la structure du récit. La bonne idée de Mc Kay c'est de réussir un rebondissement en dégoupillant son schéma : on apprend l'identité du tueur à mi parcours et l'angoisse ainsi provoquée change de couleur. On comprend bien des choses et on chemine, un oeil sur la porte qu'on a dans le dos, un autre vers ces filets de lumières sombres que Mc Kay laisse glisser presque par inadvertance. Rebondissements, croisements, suffocations puis air  à peine frais. Très contemporain et assez peu documentaire, comme pourraient l'être les chefs d'oeuvre de Stevens ou d'Ellory mais le parti pris est bien clair : en introduction du roman, Mc kay précise que les procédures médicales et les dosages pharmaceutiques utilisés dans le récit n'existent pas.  Ça rassure.

Ce que pourra faire De Palma de ce pavé haletant reste une énigme : un ballet charnel entre le sexe et la mort dans cette projection toute malsaine qu'il avait développé dans Blow out, ou un enchaînement de points de vue subjectifs comme dans Snake Eyes ?
Petit détail pratique,alimenté par des réticences entendues dans ma petite boutique : le livre fait plus de 750 pages, mais la mise en forme est trompeuse, il se lit très rapidement.

jeudi 3 novembre 2011

Les foudroyés - Paul Harding


je vous raconterai en conclusion l'étonnante aventure de ce livre mais je voudrais m'attarder sur ce qui m'apparaît comme une des plus belles lectures de cette année déclinante.

"Les foudroyés" est un livre de réminiscence. Un vieil homme, en proie à l'extinction de son fluide vital, ouvre les vannes de sa mémoire olfactive, tactile et remonte, comme les horloges qu'il vénère, les roues crantées de sa vie jusqu'à ses racines, ces choses vertes et touffus qui ont fait de lui le fils de l'homme.
Pourquoi un scénario si mince ne m'invective pas ? Parce que nous dépassons le roman. Nous allons par revers et chansons au delà de l'histoire. Comme Mc Carthy dans les lenteurs crépusculaires, nous feuilletons un recueil de poésie prosaïque. Illuminé à chaque bout de page par ce qu'Harding peut faire au verbe, ce pliage origamique étonnant qui dit  : non tous les mots n'ont pas déjà été dit. Non. En voici 200 pages, volantes, frêles et chargées de son travail retors. Car Hardins s'il sait dire comme personne sait aussi découper. Carrément moderne, son altération de mise en forme, jouant sur les polices, les mouvements des songes, réussit l'embarquement pour ce haut dirigeable au faît infini.
De l'engoncement d'un presque mort sur son lit d'agonie, des voyages en terre inhabitée de son père, tirant sa carriole d'objets dispensables, on passe de l'infiniment étroit au grand large d'une planète clairsemée d'hommes. Les peurs et les attentes, les fantômes et les questions des enfants :voilà que naît l'histoire à travers les sentiers d'une vente chaotique. Puis viennent les mots d'adulte, les crises d'épilepsie du père et la force de grandir, d'absorber, d'amortir.

Harding, dans ce parcours à reculons ne fait l'apologie d'aucune nostalgie. Il insiste au contraire sur la contemplation et la satisfaction que donnent cet endroit étrange ou nous vivons, si amer et si délicat, au tendre commencement et aux fins complètes. On donnera ce livre aux vrais amis, tel un siège au fils prodigue, une main tendue, le frémissement d'une épaule à peine effleurée. Un cadeau, une oasis polyphonqiue pour faire chanter le coeur, aurait dit Celine.

Paul Harding a 42 ans. Il 'a jamais publié, rien, pas le moindre texte. Son livre, une petite maison d'édition le tire à 3500 exemplaires. Histoire de.
En 2010, Paul harding reçoit le prix Pulitzer, celui qui a récompensé Steinbeck, Fitzgerald et mc Carthy. Il est publié en france chez "lot 49", le label classe du Cherche Midi qui édite aussi Richard Powers.

"Légère peau de ciel et de nuages et de montagnes sur l'étang immobile. Corps d'eau en dessous vibrant de roseaux de vase et de truites, que nous tirons de l'eau par du fil de soie munies d'amorces de fourrure ou de plumes bariolées. Peau de verre de liquide de peau: nos mots glissent sur la surface (reflets de lune levée, de tournoiement d'étoiles, de furtives chauves-souris), si bien que nous n'avions qu'à murmurer d'un bout à l'autre de la vaste étendue. De verts éphémères florissaient en poudre sèche parmi les étoiles, filaments de lueurs blanches jaillissant des cosses qui remontaient du limon au fond de l'étang pour éclore sur la peau de l'eau. Nous murmurions d'un bout à l'autre des galaxies : Qui a besoin de Mars ?"