dimanche 22 janvier 2012

Vie animale - Justin Torres



Lui, le père, porto ricain, violent, aimant, ambigu, rustre et imaginatif à la fois. Elle la mère, protectrice et nostalgique, calme et bruissante de vie. Eux les trois frères, loups des villes et des banlieues, forts et faibles, pugilistes, dormeurs, noctambules et soudés.

Premier roman. Pas de round d'observation. Dès le premier chapitre, Justin Torres envoie sa prose à la face. Un sacré coup. Le premier chapitre vaut bien des livres à lui seul. La façon dont il tourne autour de ses cinq personnages en s'y incluant intrusivement (il utilise le "on" au début du roman") laisse entrevoir la part d'auto biogaphie de la démarche. Puis les histoires s'en suivent, celle du groupe, de la meute dans la vie râpeuse, dans l'apprentissage, la croissance la peur et la fierté.

"Vie animale" est découpée en chronique des petits moments d'effroi ou de pâmoison que vivent les membres de la tribu. Les scenettes n'ont en commun que la complexité de chaque personnage qui s'y révèle, au fur et à mesure, dans la langue brutale et elliptique de Torres.

Jusqu'à ce que l'autonomie se fasse valoir, que des louveteaux chassent en solitaire et prennent leurs aises avec les figures tutélaire. Le roman change alors de temps, d'un point de vue grammatical parce que d'urgence toujours ils 'agit. Celle de la vie, quasi génétiquement indispensable et de s'extraire, d'exploser ses énergies et d'affronter, pour ce qu'elle vaut, l'histoire en dehors.

Justin Torres est magnifique. Il a le temps, la vitesse la violence nécessaire à cette histoire. Il fait de son récit, court, allusif, intempestif, une fresque en accéléré, violente, certes, mais d'une humanité sans limite. La fin, crépusculaire et autonome clôture le roman et lui donne un élan qu'on ne peut pas soupçonner devant la faible épaisseur du volume.

J'y oppose, (sans que ce soit nécessairee mais pour faire contrepoids au mainstream), ce pan de la littérature au dernier livre de Johnatan Franzen dont tout le monde a courbé la tête devant les centaines de pages dont il a besoin pour poser son propos familial.  Dans l'urgence de son exposé, Torres trouve le raccourci idéal pour nous empoigner, serrant fort. Il nous repose au sol un peu groggy. Et tellement enrichis.

Aux Etats Unis, le premier roman de Justin Torres est considéré comme un des évènements de la rentrée littéraire.

PS : deux coups de coeur de suite ?!  Pas d'inquiétude, dans un prochain post je dirais beaucoup de mal d'un livre en cours d'encensement branchouillard.

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